LE STATUT DU FRANÇAIS A MAYOTTE :
Constat de départ : les élèves de Mayotte relèvent de la définition du FLS (Français langue seconde) qui suppose que le français nest pas la langue dorigine (maternelle) mais que toute la scolarité va être effectuée en français.
I°) POURQUOI LENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS DOIT-IL ETRE UNE PRIORITE ?
a) au niveau scolaire (celui qui nous concerne) : la maîtrise de la langue est la condition de la réussite de nos élèves - toutes disciplines confondues - sur place à court terme, et hors de lîle (Réunion, Métropole) à long terme.
b) à un niveau collectif : cette maîtrise permet de communiquer avec la population locale (problème des femmes de ménage ou des nourrices qui ne parlent pas français par exemple).
c) à un niveau institutionnel : posséder la même langue permet de renforcer le sentiment de citoyenneté.
d) au niveau économique : elle facilite les échanges économiques avec dautres pays francophones (Madagascar, Maurice, Seychelles, etc) et avec la métropole elle-même.
e) au niveau professionnel : les compétences linguistiques donne accès à linsertion professionnelle des habitants de lîle (concours administratifs territoriaux ou nationaux par ex).
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II°) LE PROBLEME DE LA DIGLOSSIE :
1) Lenseignement du français à Mayotte met en concurrence 2 langues, donc 2 cultures (on déplore parfois un certain refus des élèves de considérer le français comme langue « prioritaire », objet dévaluation à lécole)
2) La motivation des élèves nest pas toujours effective (refus de pratiquer le français à lextérieur de lécole mais aussi à lintérieur, entre eux).
3) Problème majeur : les chercheurs saccordent unanimement à dire que, pour que les performances en FLS soient réelles (cest bien le souci de tous les enseignants), il est impératif que les performances en langue maternelle soient déjà élevées au moment où lon introduit le FLS ; or il nous faut constater que, à Mayotte, la langue maternelle, le shimaoré (et le shibushi), est essentiellement orale et que les élèves ne lont jamais réellement étudiée en tant que langue (structure, système supposant une grammaire mais aussi étymologie et histoire des mots).
De là notre conclusion :
Pour mettre en place une politique efficace du FLS à Mayotte, il serait bénéfique dinclure dans la scolarité des élèves, à un moment de leur cursus jugé opportun, un enseignement - même minimal - de la langue maternelle comme structure, ensemble de signes. Cette exigence est la même pour lapprentissage dune langue étrangère (anglais, arabe, espagnol) qui suppose la connaissance des mécanisme de la langue dorigine. Ajoutons à cela que les enseignants mahorais remarquent que les élèves respectent de moins en moins les règles du bon usage du shimaoré.
Le bilinguisme qui sexerce à la télé, à la radio et dans certains journaux confirme lidée que nous nous trouvons dans une situation où le français est la langue seconde de la communication.
III°) ELEMENTS DE SOLUTIONS :
a) Cibler les besoins : le paradoxe mahorais : nous enseignons le français à Mayotte comme une langue maternelle alors que nous sommes dans un cas de FLS. Les exercices que nous proposons en français sont donc souvent inefficaces car nos élèves ne font pas les mêmes erreurs que leurs camarades de métropole.
A titre indicatif, nous pouvons dire que les difficultés sur lîle sont principalement liées :
-au vocabulaire « de base », nous rencontrons des difficultés de représentation (vocab. des saisons, de la nourriture, de la végétation, de lHistoire, noms propres en général) car cest bien pour les apprenants mahorais, le vocabulaire dun autre environnement.
-à la syntaxe : problèmes liés à lordre des mots dans la phrase, à la présence de déterminants, à lemploi des pronoms objets et relatifs.
-à la morphologie : problème des temps verbaux, des marques de pluriel et de féminin car rappelons que le shimaoré fonctionne par « agglutination », donc par préfixation.
-à la prononciation : difficulté à articuler certaines consonnes ou voyelles (-é / oe).
b) Importance du recours à la langue-mère : celui-ci est très utile dans le cadre de lapprentissage du français comme langue seconde ou étrangère ; ceci permettrait non seulement de valoriser le shimaoré en montrant aux élèves que les enseignants de français se sont intéressés à leur langue (comment leur demander des efforts vers une langue sans montrer dintérêt pour la leur ?) mais aussi détablir des points de contact ou de divergence entre les 2 langues (par exemple, il serait utile dexpliquer aux élèves que la notion de terminaisons, si importante en français, nexiste pas en shimaoré qui repose sur lutilisation des préfixes).
c) Nécessité dinitier les enseignants de français (et les autres ?) au shimaoré : sans entrer dans les détails de cette langue, - qui décline 7 genres et 13 classes daccord il serait logique de nous familiariser aux rudiments avec un formateur spécialisé en vue dêtre capable de comparer les 2 systèmes linguistiques. Or rien nest proposé en ce sens au PAF. Il ne sagirait pas de mettre en place une formation dapprentissage du shimaoré, mais de pointer les éléments qui permettraient aux enseignants de comprendre lorigine linguistique des difficultés en français.
d) Nécessité dinitier les enseignants au FLS : certains dentre nous appliquent des méthodes de FLS sans le savoir comme processus de remédiation et sont en général très demandeurs dune formation en ce sens.
Ce diagnostic nest certes pas parfait et sûrement contestable mais un questionnement sincère et un réel souci daider nos élèves et les collègues lont précédé.
Je me tiens à votre disposition pour tout prolongement éventuel,
V Chiarla, professeure de lettres modernes, collège de Koungou.
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